3 ans...Ta naissance...

Publié le par Audy Lan

3 ans...Ta naissance...

Tu es mon premier, l'amour de ma vie comme je t'appelle.

Dès le début il y a eu quelque chose de spécial entre nous, un lien inexplicable. Je savais que tu étais là bien avant de faire un test, j'ai su que tu étais un garçon, je t'ai senti bouger à 3 mois tout pile... Mon tout petit...

Une grossesse idéale je pense. Oh certes un DG donc sous régime et suivie de près ("ce sera un gros bébé mme") mais pas de contractions, pas de col ouvert. Le dernier mois me semble interminable, tout est prêt, sauf toi. Tu es prévu le 12 avril et fin mars il fait déjà si chaud...

C'est pour ça que le 4 avril en pleine nuit les contractions me réveillent. Ce sont les premières, je suis vigilante,j'ai bien écouté ma super sage-femme des cours, elles sont irrégulières et espacées,toutes les 15min, pas de quoi s'affoler. Au matin elles s'espacent encore, ton père va au travail mais prévient son patron qu'il risque de partir à tout moment. Je n'ai quasiment plus de contractions, mais ton père obtient son après-midi. Alors je marche. On fait les magasins, on achète le porte bébé (ou l'écharpe je ne sais plus), des mini contractions mais sans plus.

C'est vers 6 ou 7h qu'elles reviennent, qu'elles s'installent, et là ce sont des vraies, toutes les 10 puis 6 min. Une douleur suraigue que l'on sent arriver, qui à son paroxysme vrille le ventre entier puis s'en va... Tata est là, on s'amuse à chronométrer, je ris avec elle. On se demande si on y va ou pas (elle dira à tonton qu'elle est sure que c'est pour cette nuit, que tu arrives). A 22h, cela fait plus de 2h qu'elles sont toutes les 5min et je commence à ne plus rire alors on y va... Je n'en parle pas trop mais une fois sur place je sens qu'elles sont moins intenses, qu'elles s'espacent, et pourtant au monito je douille, j'ai du mal à contrôler, je souffle, mais je n'ai qu'une envie c'est de hurler et de tout casser. Sur un monito, il y a le coeur et la douleur, parfois ça monte fort...

Le verdict tombe "-madame, votre col est à 1 comme le mois dernier, ça s'installe mais vous n'êtes pas en travail

-mais j'ai mal et elles sont régulières

-mais vous n'êtes pas en travail, si vous l'étiez cela se verrait sur votre visage

-alors quand?

-écoutez, il y a de forte chance qu'on se revoit cette nuit, mais ça peut très bien s'arrêter. Marchez un peu, ça peut aider, et puisque vous habitez près, prenez un spasfon et rentrez dormir" Il est minuit. 5 avril...

Ton père se souvient encore de ma crise de nerfs quand je sors des urgences, à la limite de l'hystérie,mais je suis vraiment fatiguée, bientôt 24h que je ne dors pas...

On rentre, ton père s'endort, serein (ah les hommes...). Je tourne en rond, je geins, le plus silencieusement possible pour ne déranger ni ton père ni les voisins mais les contractions deviennent ingérables, toutes les 2 minutes, et je saigne. Cette fois je réveille ton père et lui assure qu'ils ont intéret à me prendre parce que je ne bougerais pas des urgences mater. A l'interphone 2h du matin "je suis mme D, on est venu tout à l'heure, c'est pire". C'est la même sage-femme "je vous avais dit qu'on se reverrait cette nuit (je souris faiblement), là c'est le visage de quelqu'un qui va accoucher". (sous entendu: pâle et fermée)

Bilan, col presque à 5 (soit comment gagner 3-4 doigts en 2h: piquer une crise de nerfs). Je suis tellement épuisée, j'ai tellement mal que je ne m'oppose pas quand ils m'installent pour la péri, j'oublie mon désir de faire sans. Il y a un étudiant avec ma sage-femme, il m'aide pendant la pose, me soutient, me parle doucement. Et ça marche. Je n'ai d'ailleurs aucun problème avec les hommes sage-femme.

Aaaaah, la péri, cette délivrance quasi instantanée. Détendue au point d'oublier qu'ils ont oublié ton père, qui est seul dans la salle des papas. Il revient, furieux qu'on l'ai oublié, il m'en parle encore. On somnole, ton père la main posé sur la sonde du monito car sinon elle tombe et ça bip de partout.

A un moment, l'étudiant vient percer la poche des eaux, le col s'ouvre bien.

Mais à un moment on vient nous voir, il doit être 6h, pour nous dire que toi, tu ne vas pas bien, ton coeur ralentit et tu fatigues... Par chance, je suis à 10, je commence à avoir la sensation de "poussée", la péri ne fait plus trop effet, et ils ne veulent rien remettre pour que je sois efficace. Ils vérifient, tu as bien la tête en bas mais dans la mauvaise direction, ils se regardent embêtés, je sens l'arnaque alors je demande si quelque chose est possible, ils me demandent de pousser pour tenter une "version", par chance, ça marche. Ils s'installent, "on va y aller".

Ton père est à côté de moi, à ma gauche, je sais qu'il me soutient mais sur l'instant je ne pense pas à lui, je pense à cette sensation effroyable, inimaginable qu'est une contraction-poussée (la douleur+la volonté du corps à pousser). J'y vais de toutes mes forces, j'inspire,je pars vers l'avant et je pousse, 3 fois. Il paraît que c'est bien, mais il faut recommencer; à un moment j'étouffe, je n'ai plus d'air alors je perd la poussée. Il faut y retourner ("c'est très bien ce que vous faites"), il n'y a pas de pause, pas d'échappatoire. Encore une série.

"Il arrive, c'est super mme". J'avais demandé à venir te chercher moi-même alors je me penche, on m'aide parce que je suis "vidée",au bord du malaise, j'attrappe tes dessous de bras et je te ramène, tu glisses tout seul. Je te pose. Je devrais être soulagée mais je sens qu'il y a quelque chose qui ne va pas, tu as cette couleur étrange, pas rose, presque gris et tu es étalé sur moi, inerte. Je tente de te regarder, j'entends "mr, coupez!". J'imagine qu'il coupe, ça va si vite, on te prend soudainement,ils t'emballent dans un linge et ils s'en vont.

Il est 7h09. Je regarde, je pense que j'ai loupé un épisode, je suis si faible, je tremble de partout, alors je regarde ton père, lui il doit savoir. Mais je vois qu'il ne sait pas, il me caresse la main, il regarde vers la porte où ils sont sortis et il a les larmes aux yeux. Alors je me mets à pleurer, il m'embrasse et me caresse doucement. Le sage femme s'en aperçoit "mme, calmez-vous, ça va aller,mme, il va revenir, mme svp,il était fatigué, il a juste besoin qu'on l'aide" Rien n'y fait, je pleure, je ne sais pas ce qu'il se passe,ça me rend folle, alors "écoutez, vous voulez qu'on aille voir ce qui se passe, et après on finit ensemble d'accord?" Il revient rapidement "tout va bien, il a crié, ils font les examens là, il fait 48cm et 3k440" Je regarde ton père surprise, quoi c'est impossible, je devais avoir un gros bébé (4kg environ), on m'a seriné avec un régime pour rien, je savais que le DG n'était pas si important. Je laisse l'étudiant effectuer la délivrance, mon ventre devient si mou et creux... Et ils te ramènent, calme, rose, et minuscule.

Ils te posent sur moi, là où est ta place, là où tu seras bien. Je te découvre. Tu es si chaud. Tu sens bon. Tu es magnifique et parfait. Tu es à moi, tu es de moi. A croiser ton regard imense et bleuté, à t'avoir sur moi, je ressens ce "coup de foudre", cet amour puissant et universel. C'est une rencontre. Même si toi, tu me connaîs déjà. Et encore une fois, je devine, je te vois sortir ta petite langue et te serrer contre moi, alors instinctivement je te colle à mon sein, et toi comme si tu savais déjà, tu t'y colles et tu bois...

OSMOSE.

peau à peau

peau à peau

Et te voilà, tu as 3 ans. Aujourd'hui. A 7h09. Un beau chemin parcouru. Toi, mon bébé, chouchou, l'amour de ma vie. Toi qui as fait naître une nouvelle partie de moi, toi qui as élargi mon coeur à l'infini, toi qui nous as donné envie de donner encore...

Mon fils, mon grand.

Tant de choses t'attendent encore, et pourtant tu as déjà tant évolué et grandi. Ce minuscule bébé, presque blond s'est envolé. Tu es cet incroyable petit garçon au caractère surdéveloppé, à la sensibilité accrue, ce petit bonhomme épuisant. Tu es moi. Je me vois en toi, ou je me retrouve.

Un bilan s'impose: on pense qu'au delà de 1 ou 2 ans les progrès sont moins flagrants, mais je t'observe. A 2 ans, tu parlais bien, beaucoup de mots, mais cette année non seulement tu dit des phrases, mais tu construis des raisonnements. Tu as vite passé la phase du non pour rester bien ancré dans la phase de l'affirmation, tu nous confrontes ("nous provoque" dirait ton père) très régulièrement, je veille, je crains l'adolescence... Tu montres ton affection, tu es même capable d'empathie et je sais que tu n'aimes pas voir souffrir ("tu n'es pas triste hein maman"). Tu t'habilles et te déshabilles seul (selon les cols des hauts biens sur), tu es propre en journée depuis 6 mois et la nuit depuis 2 mois.

Tu as du mal avec les chiffres et avec ce qui est manuel (faire des lignes,couper aux ciseaux...) mais tu aimes les lettres, tu en reconnais certaines, tu connaîs ton corps,tu connaîs les animaux, tu as une assez bonne mémoire et tu sais bien tes couleurs.

Ta plus grande évolution est que tu aimes apprendre, ça et ton langage qui s'est bien développé. Bientôt tu iras à l'école, et sans vouloir que tu ne soies que le premier de la classe j'espère que ça se passera bien, que tu apprendras bien.

Tu m'émerveilles chaque jour, tu me fais rire et m'émeus autant que parfois tu me pousses à bout.

Mon but cette année est de me montrer plus patiente et compréhensive tout en restant ferme, et surtout de continuer à te donner (j'espère) les meilleures chances de tracer ton propre chemin.

Bonne journée mon bébé.

Bon anniversaire mon crapaud.

"Je t'aime fort fort fort, grand comme le monde"

3 ans...Ta naissance...

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Mizzie 05/04/2015 18:08

Oui, tu m'as fait un bien beau neveu ;) Et même si ma mémoire me fait défaut en ce moment, je n'oublie pas ce jour où je te voyais te tordre en 2 à cause des contractions et oui, j'étais certaine que ce n'était plus qu'une question d'heures!!!!! Et je me rappelle comme il était petit alors que je m'attendais vraiment à un gros bébé joufflu. Pffff, quels menteurs! :) Joyeux anniversaire à mon Titiboud'cul!!!