Tes 1 ans, ta venue au monde

Publié le par Audy Lan

Tes 1 ans, ta venue au monde

Autant la naissance de ton frère a été pleine d'émotions, autant la tienne a été riche en rebondissements, elle vaut le détour.

Peu de gens le savent, le sujet ayant longtemps été sensible, mais j'ai été déclenchée. Je n'en ai pas parlé car jusqu'à l'accouchement je me suis sentie volée dans un acte que j'estime intime et sacré.

11 juillet 2014, 8h30, je me présente, très renfrognée et angoissée au service maternité.

Je viens de passer l'une des pires semaines de ma vie, à me poser les mêmes questions, à imaginer les pires scénarios.

Le 4 juillet, soit une semaine pile avant, alors que tout se passait bien, que le DG semblait maîtrisé, que le monito était excellent, le docteur en charge des grossesses à risque (à risque ma chérie, un petit DG de rien...) fait la moue

"-mme, regardez comme elle est grosse, son périmètre abdominale est très important. Ce sera un macrosome, il faut vous déclencher"

Je fais une chute émotionnellement. Dire que je disais "c'est une fille, elle arrivera en retard c'est sur", dire qu'une semaine avant je disais à des collègues "j'ai RDV, si ça se trouve ils vont la sortir de là, hihihi". Sauf que là je ne rigole pas du tout. Je me braque : "non"

-"Mme, vu le risque, si vous arrivez le terme dépassé, je vous programme en césarienne"

Le mot "tabou", ce qui m'angoisse depuis des mois. Et cette incompréhension, cette menace injuste. Alors j'accepte, alors elle m'expédie, et ne répond même pas à mes questions.

Retour au 11 juillet. On m'enregistre, on me présente à la sage-femme qui s'occupera de moi, je lui explique que je ne suis pas sure de vouloir ça. Elle est extrêmement douce et conciliante, elle a aussi d'autres patientes. Elle me propose de m'installer quand même et de me faire le monito. Alors je vais dans une chambre entre les salles d'examens et les salles de naissances.

Je regarde poupou, il me suivra, quelle que soit ma décision... Une semaine pourrie, où j'ai tenté de "forcer" les choses ma pauvre chérie, je passais beaucoup de temps à marcher dans la foret, je courais dans les escaliers, et bien d'autres choses. Qui me dégoutaient, car j'aurais tant voulu que tu sortes de toi même... Et un anniversaire, le mien, de gaché par ma faute, d'autant plus que j'avais l'espoir fou que tu arrives ce jour-là.

Le monito est excellent, tu remues encore pas mal.

La sage femme revient plus tard, on discute de mes réticences de mes peurs. Elle m'informe que le médecin de service peut venir me parler si je le souhaite. Mais je l'ai adopté elle, parce qu'elle est souriante et douce, et parce que je suis très méfiante vis à vis des médecins, souvent froids et autoritaires. Je lui expose mon projet de naissance, elle le prend en compte, je lui pose mes questions, lui parle de la semaine dernière. Il est facilement déjà 10h.

"-Mme, voilà ce que je vous propose, je vous laisse 1h pour réfléchir à tout ça et pour que vous preniez votre décision. En aucun cas je ne vous forcerais en quoique ce soit, et Mme G a dû mal s'expliquer, on ne peut pas vous imposer une césarienne sans motif valable. Maintenant, selon votre dossier, effectivement il y a un risque de macrosomie, s'il est avéré le bébé risque une dystocie des épaules en sortant. J'ai bien lu votre projet, il est réalisable, vous pouvez tenter le sans-péri, mais en toute franchise, les contractions du déclenchement vont être très très douloureuses

-On pourra sous-doser la péri si je la demande?

-Bien sur. Et, tant que vous ne la demandez pas, on tentera d'autres solutions. Enfin, je vous assure de rester franche avec vous tout au long. Là, votre col est favorable, il n'y a aucune raison pour que ça ne marche pas"

Alors j'accepte. Je suis rassurée. Elle m'a expliqué aussi comment ça allait se passer.

A 11h30 on apporte le "tampon", elle le place. C'est parti...je ne peux plus faire machine arrière...

Très vite, une première contraction, et un monito, pour vérifier que tu vis bien les contractions. Apparemment pour toi tout va bien, moi ça s'installe doucement. Je le prend avec sourire et résignation.

Tout se passe tellement bien que vers 13h30, on me propose de manger. Je n'ai pas faim, mais vu ce qui m'attend, vaut mieux me forcer. Aussitôt après je demande l'autorisation d'aller me ballader, je n'ai juste pas le droit de sortir de l'hôpital. Alors, je me dirige vers le kiosque à journaux, où j'ai ma première vraie contraction, de celles qui clouent sur place. Pourtant, je continue, je fais le tour de l'hôpital par l'extérieur (et l'hôpital en question est immense), je m'arrête toutes les 5 minutes pour "savourer" la douleur. On va à la voiture de papa, là j'ai tellement mal que je demande à rentrer. 15H. Je fais un peu de ballon, ça soulage drôlement bien. Puis un nouveau monito, le fait d'être immobile accentue la douleur, je commence à grimacer et à geindre. C'est un monito long, du coup, la sage femme me propose le masque. Petit répit...

La douleur s'accentue et s'installe, je remue, je refais un tour, cette fois dans le couloir des salles de naissance, ma sage femme me croise quand je passe devant leur bureau, elles sourient devant mon "courage" et pensent que ce sera pour aujourd'hui,ce soir, ou cette nuit. Du coup, papa s'inquiète pour son sommeil. Il veut faire une pause, je l'encourage à rentrer.

17H30 j'ai fait du ballon, j'ai bien remué, mais ça devient vraiment difficile, je ne maîtrise plus la douleur, surtout que le masque me donne la nausée. Je gémis en me tenant le ventre, je ne tiendrais jamais c'est sur.

Papa revient à un moment. J'ai terriblement mal, je tente une sortie, je rebrousse chemin rapidement parce que désormais les contractions me plient en 2 et sont très rapprochées.

Vers 19h il y a passation entre les sages-femmes, la mienne me contrôle une dernière fois, à mon grand désespoir le col arrive à un petit 3, ça s'ouvre "difficilement" mais ça se raccourcit bien, elle n'a aucun doute sur le "succès" de l'accouchement.

A peine partie, je désespère, je pensais être à 5-6, ces douleurs-là pour crapaud c'étaient celles de mon admission à 5... Je retente une sortie, je veux une douche, je sais que ça peut soulager. Ton père reste devant la porte pendant que je me lave. Ou plutôt pendant que je commence à hurler parce que debout j'ai horriblement mal, une mono-contraction qui ne s'arrête pas de vriller mon ventre, et une envie de pousser qui pointe son nez. Je retourne en chambre, j'explique à papa, que je ne peux vraiment plus (d'autant plus que je dois faire peur à tout le monde à gémir plus ou moins fort), on va appeler la sage-femme.

J'explique à ma nouvelle sage-femme, je ne suis qu'à 3 mais je n'en peux plus. On se dirige en salle de travail. J'ai du mal à marcher, surtout que je me retiens de crier à chaque pas pour n'effrayer personne.

Les anesthésistes sont occupés, je commence à taper dans ce que je trouve, je...mords ton père parce qu'il m'énerve, lui il va bien, et il me dit "ça va aller", mais non, non ça ne va pas!!!

Il doit être plus de 20h quand ils arrivent, ils chassent ton père qui voulait rester (suite à l'oubli à la naissance de ton frère). La maudite salle des papas...

Ils ont du mal à me faire assoir, parce que clairement je ne suis pas coopérative, je n'écoute pas, je crie

"-Mme, tenez vous tranquille, MME!! Si vous criez le col ne pas pas s'ouvrir facilement"

Ah, cette bonne blague, s'il savait...

-"mais ça pousse"

Ni lui ni son assistant ne relève. Ils s'évertuent à trouver où poser la voie. La douleur est indescriptible, et je sens entre 2 poussées, un appui prononcé, je retiens, ce qui me fait encore plus hurler (je pense à ces femmes à côté, des nullipares peut être). Et là, plouf, je sens quelque chose qui a cédé.

"-je...je viens de perdre quelque chose

-calmez-vous"

Il en a de bonnes... Bizarrement je n'ai plus vraiment mal, je suis passée à un autre niveau, le seuil au delà de la douleur, l'extinction absolue.

Ils me demandent de m'allonger,pour pouvoir injecter le produit. Et là, alors qu'ils sont à l'autre bout, il change de couleur et de ton

"-bidule, viens voir...vas chercher quelqu'un, vite!"

Le genre de phrase qu'une maman adore entendre... Tout s'enchaîne très vite, et je commence à comprendre, j'ai perdu les eaux, une sage-femme arrive, regarde et dit

-Mme, votre bébé est là, on va s'installer rapidement. Je vais juste chercher plus de monde. Retenez encore un peu

Et là, c'est le branle bas de combat, elle revient avec une armée, les anesthésistes restent, il y a plusieurs sages-femmes, plusieurs aides (infirmières ou puéricultrices je ne sais pas), j'ai un sursaut de lucidité "je veux l'attraper" "pas de soucis Mme", et là, l'une d'elles a un sursaut aussi "Mr, on a oublié Mr!!!!".

Je sais qu'elle a courut le chercher, je sais qu'il a courut aussi, je sais qu'il a glissé et a failli tomber.

Je dois retenir encore.

Papa est là, à côté et ça y est, je pousse, je n'ai plus de force, plus de présence mentale dans la pièce alors je le fais machinalement, ton père voit l'anesthésiste injecter le produit aussi fort que moi je pousse (ce qui en soi est complètement inutile). Je bouge à peine, je dirais 3 poussées et on me dit "venez la chercher, ne vous inquiétez pas, le sang c'est le votre", ton père m'aide à me relever, je passe les bras, attrape des dessous de bras et te ramène à moi, sur moi.

20h44 Je vois tout, ton cordon, ton petit être, et surtout ta tête, tu ouvres et fermes les yeux fortement, toute surprise, toute choquée. Tu ne pleures pas, mais ça ne m'inquiète pas, tu as une couleur convenable, tu remues, tu as émis un minuscule cri, un râle en fait. Je te frictionnne de toutes mes forces restantes (oui il m'en reste)

-"ce n'est rien, elle est très choquée, pour elle aussi ça a été violent"

Ils m'expliquent qu'ils appellent ça "se prendre une porte". Ils savent qu'on ne veut pas être séparé alors ils préviennent "elle va bien mais il faut la booster un peu, d'accord", ton père a coupé, alors ils te prennent, et comme par miracle, tu te mets à pleurer, de toutes tes forces à toi.

Soulagement absolu. De ton père surtout, parce que moi j'ai encore du mal à émerger. Ils commencent donc à t'ausculter sous tes hurlements (qui te casseront la voix pour la première fois), pendant qu'on "finit" avec moi, la péri ne fait toujours pas effet.

Les aides présentes commencent à rigoler parcequ'avec tout ça, je n'ai pas eu le temps d'enlever mes chaussures...

Je rigole mais je veux ma fille, j'ai besoin de te prendre contre moi, et je pense que seule la tété pourra soulager "ta crise".

"48cm, 3kg5" alors c'est beaucoup pour un bébé né 3 semaines avant terme, mais tu n'aurais pas été macrosomique, foutu médecin, elle aurait pu me/nous foutre la paix.

On te repose sur moi, je commence à t'apprendre, la mise au sein est moins magique que pour ton frère mais tu ne lâches plus, tété pendant plus d'une heure. je renifle ton odeur, je sens ta peau si fine et chaude et je sais qui tu es.Les aides refusent que ton père te prennent, tu as besoin de moi, et ça me va, il mettra plus d'une heure encore avant de t'avoir, on te colle à moi dans un porte bébé dont je ne sais plus le nom, qui accentue le peau à peau. On est si bien, tu es si belle, et à nous.

Ton père te récupère tard, juste parce que j'ai envie de prendre une douche.

Et bientôt on va se retrouver, toutes les deux, bientôt aucune de nous 2 ne trouvera le sommeil, jusqu'à ce que je te sorte de ta "boîte" et que je te laisse dormir contre moi, ce que je vais avoir besoin de faire pendant tout le séjour à l'hopital.

Bref j'ai réussi, j'ai eu ce que je voulais, même si sur ton carnet, il est noté "avec péri", nous on sait.

Publié dans blog maman, bébé, famille

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Gwen 27/08/2015 17:51

Wahou magnifique récit ... j'en ai eu des frissons, bravo a toi, j'ai été déclencher pour Willow et ça a été un accouchement que j'ai très mal vécu ... sans péri avec un déclenchement vraiment bravo !

Audy Lan 27/08/2015 23:01

Ah, ça c'était mon crapaud (comme quoi ce ne sont pas des crapauds tout les 2 pour rien). J+5 ma pauvre, ils auraient pu essayer d'autres choses plus douces un peu avant

Gwen 27/08/2015 20:11

Oui c'est vrai, avant de le vivre je ne savais pas se que c'était qu'un déclenchement, même pendant la préparation a l'accouchement, la sage femme n'en a pas parlé !
Pour Willow j'étais a J+5 donc déclenchement, ça a été très dur pour moi en plus l'accouchement c'est mal passer, Willow ne respirer pas a la naissance ...

Audy Lan 27/08/2015 19:40

oui on parle pas assez des déclenchements je trouve. Je maintiens que c'était dans mon cas trop forcer les choses, j'ai eu de la chance, beaucoup de chance que ça se passe bien. Dès fois la médecine veut contrôler trop de choses intimes et pas toujours justifiées. Pourquoi willow a été déclenché?

Mizzie 11/07/2015 22:52

Toute une aventure!!! Ca valait en effet le coup de lui consacrer tout ce beau récit :) Et ma Tititchoune est tellement mignonne <3

Audy Lan 13/07/2015 21:43

Je ne vais pas te contredire

veux pas 11/07/2015 22:23

Ouahou ! Tu as géré comme une chef ! Quelle arrivée ...Bravo les filles !

Audy Lan 13/07/2015 21:42

Merci ;)