Coeur de maman

Publié le par Audy Lan

Coeur de maman

Quand crapaud avait 8 mois, un soir, je l'avais installé sur un fauteuil, je le pensais en sécurité parce que je faisais barrage avec mes jambes, mais il se balançait et il a basculé justement par dessus mes jambes. Je ne sais pas par quelle chance il est tombé sur les fesses en premier. Il pleurait, j'avais peur, mais je n'ai pas paniqué, j'ai surveillé sa température, ses réactions et c'est passé.

Depuis, je ne compte plus. C'est indigne peut être, mais vrai, surtout depuis qu'il marche. Il a toujours des bleus, par ci par là, j'ignore même comment il se fait la plupart. Ce n'est pas qu'il est casse-cou, c'est qu'il est distrait, il ne regarde jamais où il marche.

Je ne sais pas si vous connaisez cette règle: quand un enfant se fait mal, il ne faut pas montrer son inquiétude. Du coup encore une fois au risque de paraître indigne, je ne me jette pas sur eux en criant, je regarde vite fait comment ils réagissent et selon leur état j'interviens ou non. Bien évidemment vu son âge chouchounette est plus sensible, alors je la prend dans mes bras et marche un peu en la tenant. Crapaud c'est plus rare, 1 fois sur 3 ou 4...

J'ai cette facilité à me fermer quand je le veux bien, à ne rien montrer.

Bref, samedi, j'allais sortir vers 11h, et Mr H avait pour mission d'aider son père à ranger le bois que ce dernier venait de couper. Crapaud aime ça, il se sent grand et utile. Et c'est leur petit truc.

Ils sont passés par la cave, et là, il est tombé. Je le revois encore, dans le bas de l'escalier sur le ventre, me disant "il n'a encore pas fait attention". Sauf qu'il hurle et pleure vraiment fort. Poupou l'a déjà dans ses bras, on remonte, là où y verra mieux, et là: bouche en sang, et surtout une dent de devant désaxée, 1cm derrière les autres environ.

Comme je disais je ne suis pas du genre à paniquer, pas du genre à aller aux urgences ou chez le médecin, mais en un regard avec poupou, en un regard sur la bouche de mon bébé d'amour, je panique intérieurement, je suis ravagée, et je donne les directives pour partir aux urgences.

J'y vais seule le temps que Mr demande à sa mère de garder titounette.

Le trajet en voiture est un calvaire, crapaud hurle à la mort, je me concentre désespérément sur la route en tentant de le rassurer. Entendre son enfant pleurer sans ne pouvoir rien faire est une plaie béante: je me sens brisée, impuissante, inutile, entre autres... D'autant que je sais, je comprend, ce qui le fait pleurer n'est ni la douleur, ni la peur, c'est la sensation de sa dent déplacée.

Dans ces moments là on peut déployer une force insoupçonnée, j'oublie mes douleurs de dos quasi permanentes, je le porte fermement en lui caressant la tête. Moi aussi j'aimerais bien pleurer, mais je n'ai pas le droit, je me l'interdis du moins...

Ils vont le prendre relativement rapidement. Poupou arrive au moment où le pédiatre rentre dans la salle. Il ouvre la bouche de mon bébé, attrape la dent, la ravance, nous explique qu'il faut désormais un suivi de dentiste (pour les nerfs, la croissance dentaire etc...) et qu'il doit manger plutôt liquide. Et c'est fini, crapaud s'arrête instantanément de pleurer, et reparle, comme si de rien n'était.

Le médecin regarde poupou, inquiet "ça va Mr?". Même mon homme est plus démonstratif que moi. Ca m'achève, je finis de m'en vouloir complètement en me reprochant intérieurement d'être indigne, sans coeur, un vrai glaçon...

Je pourrais tenter de trouver ça drôle:

-l'année dernière (1 an à un jour près) j'étais tombée dans ces mêmes escaliers, me faisant une entorse

-mercredi je vais moi même à l'hôpital me faire retirer les dents de sagesse.

Sauf que je culpabilise trop pour trouver ça drôle. Coupable à cause des "et si" (et si je l'avais prit avec moi pour sortir? Et si je l'avais descendu dans mes bras? etc...), coupable de n'avoir rien pu/su faire...

On l'a aussitôt fait remonter par la cave, pour qu'il ne prenne pas peur des escaliers, il avait déjà oublié, on l'a de nouveau responsabilisé en lui donnant des petites tâches à faire, comme si de rien n'était. Et pourtant, j'ai cédé quand il m'a demandé de sortir avec moi à l'heure de sa sieste, couvé à son repas, bien observé comment il prenait les escaliers.

Oh, je sais bien qu'il se fera sans doute pire, physiquement, moralement, mais quand mes enfants ont mal, c'est mon coeur qui a mal, mon coeur qui saigne.

Et j'avais besoin de le dire

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Sophie Hérisson 26/05/2015 12:16

Je trouve que tu as super bien réagit en prenant sur toi car c'est toujours dur quand ils ont mal et qu'on ne peut rien faire!

Audy Lan 26/05/2015 15:33

merci:)

Ptibouchon76 25/05/2015 18:54

Emma s'est cognée sur une table basse l'année dernière(elle avait donc 2 ans). J'étais avec des amies,toutes maman, et j'ai été la seule à ne pas "paniquer".Je l'ai rassurée comme j'ai pu bien que je savais qu'il fallait la recoudre... Montrer sa peur ne fait que les affoler encore plus et tu as raison de réagir comme ça même si intérieurement tu meurs de trouille!

Audy Lan 25/05/2015 19:34

oui, c'est vrai c'est pour ça que j'essaie de suivre ce principe mais je me suis dit que ce ne serait peut être pas arrivé à quelqu'un de plus...protecteur (voire alarmiste).

Mizzie 25/05/2015 16:48

Bon pour ce que j'en sais hein, mon avis n'a peut-être pas d'importance mais je me scie les pattes que tu te sentes coupable. Pour moi, tu as très bien réagi. Comme tu le dis, ce qui le faisait pleurer c'était la sensation de sa dent de travers, pas la peur ou la panique. En évitant de sombrer devant lui, je pense que tu lui as épargné un stress inutile et je l'imagine très bien se remettre à raconter sa vie en mode normal après cette mésaventure, comme tu dis "comme si de rien n'était" :) Mais ta peur à TOI, je ne peux que l'imaginer aussi.....

Audy Lan 25/05/2015 17:08

oui mais...

Mizzie 25/05/2015 16:49

"Ca" me scie les pattes, je me les scie pas moi mm

Poupou 25/05/2015 16:16

2 chute dans l'escalier = esclier dangeureux
demain je demonte l'escalier

Audy Lan 25/05/2015 16:18

demain il me semble que vous bossez très cher

MumChérie 25/05/2015 14:39

Plus de peur que de mal ! Ici aussi, les chutes font partie de la vie des enfants. Je crois que de toutes façons, on peut prendre toutes les précautions possibles, il n'est pas possible d'éviter cela d'une façon certaine... Et ils grandissent ainsi, et apprennent à faire attention par eux même... Ce qui est en soi un apprentissage primordial, non ?

Audy Lan 25/05/2015 14:42

c'est justement ce que je pense, c'est mon principe et la raison pour laquelle je ne panqiue pas, mais l'entendre hurler et l'accompagner à l'hopital ça fait mal et ça me fait douter...